mardi, octobre 24, 2006

Arkham(15)

Marco n’était pas du genre à parler vite. Geoff le connaissait suffisamment pour le savoir, et il s’assit confortablement en attendant toute l’histoire. Alors qu’il regardait son ami il fut pris de nouveau par ce pressentiment, cette peur diffuse qu’il avait ressentis en arrivant. Il fit le tour de son appartement des yeux : rien. Il se rasséréna. Après tout, il avait peut-être simplement eu une rude journée. Il inspira profondément, but une gorgée de sa bière, et planta son regard dans les yeux de Marco, qui semblait prêt à lui conter ses malheurs. Tout s’était passé très vite, en fait. Il avait croisé cette fille, qui s’appelait Maryan, dans un bar du centre ville. Il la décrivit comme « la plus belle fille de la terre, je te jure Geoff, elle est trop mignonne ! ». Ils avaient discuté un bon moment, de tout et de rien. Elle l’avait rappelé une fois ou deux, ce qui l’avait passablement surpris et un peu impressionné : Malgré un physique d’athlète, Marco était par trop timide pour faire des conquêtes très nombreuses. De plus il sortait rarement, et ne rencontrait plus grand’ monde depuis qu’il n’allait plus travailler. Mais elle avait pris les devants, et avant qu’il ait le temps de seulement se rendre compte, ils sortaient ensemble. Elle étudiait la sociologie, connaissait tout sur la vie nocturne d’Arkham, écoutait de la techno à tue-tête à toutes les heures du jour et de la nuit et le trouvait très mignon. Geoff sourit : elle semblait être l’antithèse de Marco. Mais ça ne l’avait pas empêchée de le faire sortir de son appartement et de lui faire découvrir quelques passe-temps ne se résumant pas à un écran et une manette ou un clavier. Ils s’étaient donc vus un certain nombre de fois, et Marco avait raconté une bonne partie de sa vie, à l’exception de sa fortune. Il avait eu le cœur brisé une fois lorsqu’une jolie fille de son ancienne boîte lui avait fait la cour pendant plusieurs mois avant de lui faire comprendre qu’il ne l’intéressait pas du tout. C’était la première fois qu’il parlait à Geoff des raisons de leur rupture, alors qu’il avait passé plusieurs nuits ici à s’abrutir devant la télévision, à l’époque. Il avait mentionné en passant qu’il avait eu des ennuis avec « une nana », mais sans s’appesantir plus. Bref, il s’était dit qu’il allait éviter d’aborder le sujet dans les premières semaines, et était donc resté très vague lorsque Maryan lui avait demandé de quoi il vivait. Au bout de quelques semaines il avait décidé de lui raconter. Elle l’avait très, très mal pris. A peine deux minutes après qu’elle l’eut su, il avait du partir de chez elle.
-« Donc ça c’était hier soir… J’ai rien compris à tout ce truc. Une minute on est tranquillement en train de discuter, celle d’après elle se met à pleurer. Je sais pas trop pourquoi. J’imagine que c’est parce que je lui ai menti, elle doit se dire que… Je sais pas. Enfin bon quand elle pleurait je lui ai demandé s’il fallait que je parte, et comme elle répondait pas je suis parti. Tu y comprends quelque chose, toi ?»
-« Il peut y avoir des tas de raisons pour qu’elle réagisse comme ça. Bon déjà tu aurais du rester et essayer de discuter. »
-« Tu as raison, mais je me sentais tellement crétin, là. J’ai essayé de la rappeler quand je suis arrivé chez moi, mais je suis tombé sur le répondeur à tous les coups. »
-« Bon, elle va peut-être digérer tout ça, c’était peut-être le choc… »
-« Je sais pas trop… En tout cas ça me fout un peu le moral dans les chaussettes… Heureusement que tu étais là ce soir pour… me faire une frousse de tous les diables. »
-« Euh désolé. Bon il doit quand même y avoir quelque chose à faire. Tu as essayé de retourner chez elle ? »
-« Pas aujourd’hui, non. »
-« Bon, tu dois avoir raison. Peut-être qu’elle te rappellera. Je pense que tu peux lui demander des explications, au moins. Tu y vas gentiment, tu t’excuses, et puis tu poses la question. Elle a l’air cool cette fille, en tout cas comme tu me l’as décrite. Je pense qu’elle te reparlera quand elle sera… » Alors qu’il parlait, Geoff vit le visage de Marco virer au blanc en l’espace d’une fraction de seconde. Il regardait un peu au-dessus de lui et semblait sur le point d’hurler. Sans hésiter, Geoff se saisit de son arme et fit volte-face. « … prête. ». A peine à un mètre de distance, trois mille-pattes, énormes et noirs se précipitaient à leur rencontre sur le plafond. Geoff fit feu immédiatement, touchant l’un des arthropodes qui tomba au sol avec un bruit sourd. La bête n’était apparemment pas morte, mais se tortillait sur le sol, semblant vouloir se remettre sur ses pattes. Geoff releva les yeux. L’une des créatures venait de se laisser tomber sur lui, griffant son visage avec une force qu’il n’avait pas imaginée. La douleur était atroce. En plus de la puissance derrière les petits crochets remuant sans cesse, il pouvait sentir une autre douleur, plus douce celle-ci, qui semblait s’étendre de plus en plus à chaque battement de son cœur. Il lâcha son arme et tira de toutes se forces sur le petit corps frétillant, l’arrachant à son visage, laissant une longue griffure derrière lui. Un moment, les antennes de l’animal, d’une douceur écoeurante, vinrent lui lécher le visage. Il lança la bête de toutes se forces contre le mur. Le corps laissa une traînée jaunâtre sur le mur avant de tomber au sol, immobile. Il se retourna. Marco tentait de repousser la dernière créature avec sa bouteille de Mountain Dew. Geoff se baissa pour ramasser son arme, et hurla de douleur. Le premier mille-pattes avait saisi sa main et avait planté ses crocs entre le pouce et l’index. Il empoigna son pistolet de la main gauche, posa la droite sur le sol, la créature encore accrochée, et fit feu, espérant ne pas sursauter. Le bas du corps éclata, coupant presque la bête en deux. Il arracha sa main aux griffes inertes, puis fit signe à Marco de ne pas bouger. Il se concentra une seconde et, toujours de la main gauche, fit feu. Il ne réussit qu’à effleurer la bête, qui se recroquevilla sur elle-même de souffrance. Marco regarda Geoff, qui haussa les épaules, et l’écrasa de plusieurs coups de talons.

mercredi, octobre 18, 2006

Arkham(14)

Geoff sortit de la voiture et fit un signe de main à son équipière. La journée de demain allait être bien remplie elle aussi. C’était bien. Ils avaient quelques éléments à suivre, quelques contacts à creuser… Il habitait un immeuble en plein centre d’Arkham, dans un confortable appartement. Il en avait hérité de sa grand-mère, « la dernière de la famille à avoir réussi », comme lui disait sa propre mère. Elle avait toujours apprécié le luxe, les grosses berlines allemandes, les réceptions pleines de gens importants, « parce qu’il faut savoir se montrer ». Habitant New York, la famille Finn avait toujours gravité autour de l’élite, son arrière-grand-père ayant possédé une salle de spectacle sur Broadway, l’Ambassador Theater. Toute jeune, sa mère déjà avait été aveuglée par les spotlights. Elle était tombée enceinte de lui à dix-sept ans, d’un père qu’elle avait toujours refusé de lui nommer. Sans doute une vedette mineure, de toute façon pas prête à s’embarrasser d’une femme et d’un gosse. Elle était donc retournée vivre avec ses parents, qui avaient hérité de l’Ambassador. Mais le cinéma et la vague Off-Broadway avaient petit à petit vidé la salle, et lorsque ses grands-parents avaient pris leur retraite, sa mère n’avait plus pour vivre que l’aide de ces « amis » lointains et riches qui, ne voyant plus en elle une aide si précieuse, s’éloignèrent un à un d’elle. Pourtant elle les avait choyées, ses stars. Elle avait donné tout ce qu’elle avait dans l’espoir de « montrer au monde qu’elle était quelqu’un ». A force de vivre selon ces principes, elle avait fini par mourir dans la misère, endettée jusqu’au cou. Trop de locations de salles de réceptions, trop de champagne par cartons entiers. Lorsqu’il lui avait dit qu’il avait décidé d’être flic, elle l’avait traité de tous les noms, et lui avait clairement dit qu’elle ne souhaitait plus jamais le revoir. Il avait acquiescé, avait fait son sac, et s’était installé à Arkham, dans l’appartement que sa grand-mère, prudente, lui avait légué directement. Il y vivait depuis sa majorité, et l’aimait profondément. L’immeuble était ancien et vénérable, pas de toute première fraîcheur certes, mais ses parquets craquants et son odeur de vieux papiers étaient tout ce qu’il avait connu depuis son départ. En gravissant les marches, il entendit des sons venant de chez lui. Ce pressentiment étrange, qui l’avait envahi dans la forêt, lui revint soudainement. Il inspira une fois, pour se reprendre, puis gravit sans bruit les marches restantes, et plaqua son oreille à la porte. Il entendait de la musique, et un cliquètement bizarre, comme si quelqu’un ou quelque chose tapait délicatement des ongles sur le parquet ciré. Il dégaina son arme, s’accroupît contre la porte, et tenta de bouger la poignée. Le verrou n’était pas enclenché. La porte céda doucement devant lui, révélant le petit couloir menant au séjour. On avait allumé la télé, mais il ne pouvait pas voir ce qui passait à l’écran, caché par le dossier du canapé. Et toujours le cliquètement. Lentement, il se redressa, l’arme toujours au poing. Puis il se relaxa, rengaina son arme. Toujours sans bruit, il s’approcha du canapé puis, rapide comme l’éclair, il agrippa la première chose qu’il trouva, qui s’avéra être la manche d’un t-shirt un peu moite, en poussant un grand cri. « QU’EST-CE QUE J’AI DIT AU SUJET DES PARTIES DE CONSOLE CHEZ MOI ? ». Il sentit sa proie se cabrer puis tenter de fuir avant de tomber lourdement du canapé. Puis une main d’homme, tremblante, émergea, suivie d’un corps tout entier crispé par la panique, terminé par un visage penaud.
- « S-Salut… Euh… Eh bien… Tu n’étais pas là et… Enfin… Je me suis dit que l’un dans l’autre euh… Ben euh… Désolé. »
Geoff, l’air excessivement sérieux, foudroya l’intrus du regard pendant un long moment. Celui-ci était comme à son habitude vêtu d’une salopette tombante sur un t-shirt informe. L’homme était grand, maigre et mal rasé, la consternation et la honte se disputaient son visage. Geoff hésita un moment à le faire se tortiller encore un peu. Non. Son pressentiment n’avait été qu’une fausse alerte, et il n’avait pas le cœur à se montrer encore plus dur. Il se fendit d’un large sourire, s’approcha de lui et lui envoya une petite tape amicale. Il montra la pendule murale du doigt, il était sept heures passées. « Marco Kimble en personne, et debout à cette heure-ci ? Tu fais de l’insomnie ? Et où étais-tu passé depuis deux semaines ? ». Marco, plus ou moins remis de ses émotions, s’avachit dans le canapé. « C’est bien pour ça que je suis venu ici. » Il se leva, passa à la cuisine prendre un Mountain Dew, et ramena une bière à Geoff, qui le remercia avant de s’asseoir à côté de lui. Il aimait Marco comme un frère. Ils s’étaient croisés dans le bus pendant plusieurs mois, à l’époque où celui-ci travaillait encore dans une boîte de traitement de données, avant de s’adresser la parole. Et puis une fois Marco avait franchi le pas. Il s’était assis à côté de Geoff et avait commencé à lui parler, de tout et de rien. Geoff, qui n’avait guère d’autre ami à l’époque que de vagues connaissances du boulot, n’attendait que ça. Célibataires tous les deux, et habitant à deux pas l’un de l’autre, ils avaient pas mal de temps libre qu’ils occupaient la plupart du temps dans cet appartement à regarder des films ou à faire des parties de la dernière trouvaille ludique de Marco. Celui-ci avait une connaissance encyclopédique de tout ce qui avait trait à l’amusement sous toutes ses formes, et même si Geoff n’était pas aussi féru que lui, Marco lui trouvait toujours un passe-temps sympathique. Puis Marco avait fait fortune avec une petite application qu’il avait revendue à une grosse compagnie qui lui avait fait une offre qu’il n’aurait jamais osé imaginer. Geoff s’était attendu à ce que Marco déménage, qu’il refasse sa vie dans un coin plus ensoleillé, dans une ville plus gaie. Mais il n’en était rien. Marco était resté. Geoff soupçonnait que Marco, ayant été son confident le plus fidèle, craignait de tomber dans les mêmes travers que sa mère. Ou alors qu’il n’avait rien ni personne à part lui, et qu’il s’en satisfaisait pleinement. Il était donc resté à Arkham, dans le même appartement, avec le même style de vie. Il se couchait et se levait plus tard, mais sinon rien n’avait changé. Et tout au fond de lui Geoff lui en était reconnaissant : lui non plus n’avait pas grand’ monde à qui se confier. Néanmoins, ces temps-ci, il avait remarqué quelques changements d’habitude chez son ami. Il n’apercevait plus de sa fenêtre les clignotements incessants provenant des différents écrans toujours allumés chez lui. Il y avait quelque chose qui clochait, et Geoff avait bien une petite idée de ce que c’était… Effectivement, Marco avait rencontré une fille. Il était venu ce soir lui raconter tout ça.

lundi, octobre 09, 2006

Arkham(13)

Le soir tombait. Le ciel avait pris une couleur d’airain et au long de la route, Geoff pouvait voir l’océan battant les falaises. L’eau, elle aussi semblait avoir pris la couleur du métal, un métal sombre, glacé. Depuis ce matin (et comme il lui semblait lointain, ce matin) le ciel s’était couvert : de gros nuages gris s’étaient formés. La grande route sur laquelle Mantoni conduisait pied au plancher était déserte. Plus personne ou presque n’habitait dans la région. Quelques rares personnes avaient choisi de rester dans la campagne ou dans les bois, quelques auberges de jeunesses, désertées à cette époque par les touristes, produisaient çà et là de la lumière. Il pouvait aussi apercevoir les lumières d’Arkham, au loin.
- « Est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer, soupira soudain Mantoni, comment un type arrive à parcourir cette distance derrière nous sans qu’on s’en aperçoive, et sans faire le moindre bruit de moteur ? »
- « Bon, il peut nous avoir suivis de suffisamment loin pour pas qu’on le remarque, s’être arrêté à une distance suffisante pour qu’on n’entende pas sa voiture, et fait la fin à pied, répondit Geoff sans grande conviction. »
- « Ouais, mais enfin c’est pas comme si tout le monde savait où on allait. C’est pas comme si on avait suivi nos procédures standard… Et puis trouver la baraque d’Harry, comme ça, sans savoir… » Elle laissa en l’air la fin de sa phrase. Aucune chance, aucune, que qui que ce soit ait pu trouver la cabane sans avoir été exactement sur leurs talons. Et ça, c’était tout simplement impossible, elle l’aurait remarqué. « Tu as parlé d’Harry à qui que ce soit, demanda-t-elle, d’une voix très calme. »
- « Non. Je vois pas pourquoi j’en aurais parlé à qui que ce soit. »
- « Oui c’est bien ce que je pensais. Je cherche, je cherche. J’ai la rage. » Ses mains étaient crispées sur le volant, phalanges blêmes.
- « Tu m’étonnes. »
- « Le pauvre petit gars était mort de trouille, et on n’a rien pu faire. Il avait mis son sort entre nos mains, et on n’a pas réussi à éviter qu’il se fasse bouffer par une putain de bestiole dégueulasse. » De rage, Mantoni frappa son tableau de bord.
- « Pour moi c’est ça le plus bizarre dans cette histoire : Les mille-pattes. On a des cadavres dans des mille-pattes dessinés, et aujourd’hui un mille-pattes géant. OK, d’accord, c’est pas une taille très inhabituelle pour un mille-pattes, il paraît, surtout dans la forêt, comme ça. Mais il reste que jusqu’à aujourd’hui des mille-pattes géants j’en avais jamais vu. Il faut bien qu’il les trouve quelque part, ces mille-pattes, non ? »
- « Si. On fera un tour chez les collectionneurs demain. On a rendez-vous quand chez ta spécialiste de l’occulte ? »
- « Un peu quand on veut. Je pense qu’on pourra faire ça aussi, demain. »
- « Bon. » Mantoni esquissa un sourire à Geoff et, l’espace d’un instant, plongea son regard dans le sien, un regard fort d’assurance et de sérieux, qui semblait dire (ou en tout cas elle l’espérait) : « C’est bon, j’y suis maintenant. Je fais face ». Il n’aimait pas la voir comme ça, elle le savait. Il pensait qu’elle était moins efficace à tourner dans sa tête comme un lion en cage, et elle n’était pas toujours sûre qu’il avait tort. Néanmoins, la colère en elle était toujours là. Et elle savait que Geoff, de son côté, et malgré son calme apparent, bouillait du même feu. Elle inspira une grande bouffée d’air, alluma une cigarette, et emprunta la sortie « Arkham – 20 Miles ». Le ciel était éteint, et s’était fondu dans l’océan.

samedi, septembre 16, 2006

Japanese update

Alright, I'm not gonna write IN Japanese, but I'm using this as a kind of internet postcard kinda thing. Here we are in Tokyo, yours truly, obviously, but also my big Bro', currently sleeping in front of a computer, Val, Bouddha, and Jo, hanging about, waiting for the subway lines to come alive once again, and our curfew to be over (it is now 6:53 AM, here in Tokyo, and our Hotel closes at 1...). We went clubbing and it was good. Japanese guys are funny when drunk. We actually spoke to one or two of them. It's not as easy as it sounds. I'm simply exhausted and my feet hurt, but the D&B was fine, the club was alright, and I got my best girl online as I'm writing this. LIfe could suck more... Anyhoo, maybe we're gonna be able to get back to our quarters... which would be good, cuz I'm gonna fall right here and now. So to everyone who checks this semi-regularly : Booh-ya ! Take care, friends and lovers, and see you in Europe !

Kampai !

mardi, juillet 25, 2006

Arkham (12)

Ils firent le tour de la cabane en silence. La forêt était d’un calme olympien. Pas un bruit, pas un cri d’animal, pas un bruissement de feuilles ne parvenait à leurs oreilles. Le temps était au beau fixe, pas un souffle de vent. Geoff scrutait les environs, louvoyant du regard entre les gros sapins majestueux, mais il ne vit absolument rien d’anormal. La scène semblait figée, comme morte. Il frissonna. Quelque chose se tramait, quelque chose d’anormal, de malsain, qui semblait vouloir l’emporter, le plonger dans un gouffre sans fond rempli de haine et de sang. Pire encore : l’emporter lui mais aussi Mantoni et le reste des gens qu’il aimait. Une fraction de seconde, son pas s’arrêta, avant qu’il ne reprenne le dessus. Non. Il n’allait rien lui arriver. Il n’allait rien arriver à Mantoni, ni à qui que ce soit d’ailleurs, parce qu’ils allaient mettre de l’ordre dans tout ça. Ils allaient finir par coincer les salopards.
Il se rendit compte que ses deux amis s’étaient arrêtés, au niveau de la fenêtre par laquelle l’agresseur s’était introduit. Sortant de sa rêverie, il commença à inspecter le sol, précautionneusement, prenant garde de ne pas fouler d’éventuelles traces, mais parfaitement conscient que si l’homme avait réussi à les suivre sans se faire remarquer, et à s’introduire aussi efficacement, il n’avait sans doute pas laissé de traces non plus. Hong faisait de même, un air dubitatif sur le visage. Mantoni tentait quant à elle de découvrir comment il avait pu se hisser jusqu’au premier étage. Elle tenta tout d’abord d’escalader le mur, mais même une athlète comme elle avait bien du mal à trouver une quelconque prise. Les lambris recouvrant les murs étaient bien trop petits pour pouvoir s’y accrocher avec les mains. Elle s’éloigna ensuite un peu, et escalada le plus proche sapin. Geoff la regarda avec une admiration non dissimulée. En moins de temps qu’il en faut pour le dire, elle s’était retrouvée assise sur l’une des grosses branches et, sûre d’elle, commença à tendre ses bras en direction des murs. Tentant de toutes les façons possibles d’atteindre la fenêtre. Mais malgré sa grande taille, et ses mouvements précis, elle ne réussit jamais à s’approcher suffisamment. Elle interpella Geoff et Hong :
- Y en a un qui pourrait me dire comment un type, même grand, fait pour atteindre une fenêtre de cette hauteur sans une échelle ?
Hong haussa les épaules.
- C’était peut-être Batman ? Quelqu’un a pensé à regarder le ciel ? répondit Geoff.
- Hahaha, Batman, à Arkham, très drôle, répondit Mantoni, pas du tout amusée. Tu n’as pas autre chose à me proposer ? Des traces de pas en bas ? Chaussures à crampons, ventouses, quelque chose ?
- J’ai bien peur que non. J’ai trouvé une pomme de pin. Mais à moins que notre tueur ne se soit dit « Tiens ! Une pomme de pin ! Et si je la tenais un moment et que je laissais mes empreintes partout dessus », je doute qu’elle puisse nous apprendre quoi que ce soit. J’ai bien peur que tout ceci ne reste un mystère complet jusqu’à demain…
- Je vais envoyer l’équipe avec les UV pour voir si votre coco n’a pas laissé traîner du sang partout, les coupa Hong. Mais en dehors de ça je ne vois pas ce que nous pouvons faire de mieux. Rentrez donc chez vous, je vous ai assez entendus.
Geoff et Mantoni échangèrent un regard complice. Hong les congédiait pour leur permettre de reprendre des forces, mais il ne pouvait pas se permettre d’exprimer une quelconque sympathie. « Nous aussi on t’aime », lui lança Mantoni, sautant de l’arbre, avant de lui tapoter le dos. « Tu nous tiens au courant ? »
- Non, cette fois je ne vous tiens pas au courant de quoi que ce soit. C’est moi qui règle cette affaire, et vous, vous restez assis sur vos postérieurs à avoir l’air de grands enquêteurs. Et quand le maire me remettra une médaille, je dirai que c’est à vous que je dois tout ce que je sais, répondit-il sèchement, roulant les yeux au ciel. Allez, filez ! Et faites attention à ne pas abîmer ma scène avec vos mouvements disgracieux.
- Bien chef.
Ils tournèrent les talons, firent un petit signe à Hong, et retournèrent à la voiture.

lundi, juin 12, 2006

Arkham(11)

-« Qu’est-ce que vous avez encore fait ? » commença le photographe, sans autre préambule. Geoff le mit au courant alors qu’ils gravissaient les escaliers pour rejoindre Mantoni et la scène du crime. Hong écouta gravement. Les infirmiers avaient emmené Harry sur un brancard, et il ne restait qu’eux trois dans la maison. Lorsque Mantoni le vit arriver, son visage s’illumina l’espace d’un instant. Puis elle rejoignit la conversation.
-« Salut, Grand Maître de l’argentique et du numérique. Entre donc dans le lieu sympathique où notre cinglé des entrepôts a décidé de refaire des siennes… »
-« Tu penses que c’est le même type. »
-« Oh, tu me connais, moi tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. N’empêche, il y a des tas de trucs qui me font pencher vers ce genre d’hypothèse : déjà, le type qui est en train de faisander sur le sol était un des habitants des entrepôts, et a priori même un taré courageux rechignerait à s’approcher d’une baraque dans laquelle il sait qu’il y a deux flics pour trucider un pauvre SDF. À moins d’avoir très peur de ce que ledit SDF pourrait raconter auxdits flics.»
-« Sans oublier, continua Geoff qui s’était penché pour ramasser la serviette, ce genre de petite chose… Une charmante petite bête comme ça, ça ne te dit rien ? »
Hong eut un léger mouvement de recul au moment où il découvrit ce qui restait du mille-pattes. Mais il se reprit très vite.
-« C’est une scolopendre. »
-« Gagné. Tu sais où j’ai vu un truc comme ça récemment ? » continua Geoff.
-« Sur un de tes superbes clichés, justement sur la scène du crime des entrepôts. Alors j’ai beau ne rien savoir, je vais quand même commencer à fouiller dans cette direction. » Hong la regardait avec un air sévère. Mantoni tira sur sa cigarette avant de lui décocher un grand sourire. « Mais, comme j’ai été formé par les meilleurs, je vais quand même vérifier ce que je pourrai sur notre ami infortuné. À toi. Qu’est-ce que tu peux nous dire pour l’instant ?»
Hong regarda autour de lui un long moment, prit quelques clichés. Puis il accrocha sa veste à une poignée de porte un peu plus loin, revint, et prit d’autres clichés.
-« Bon, alors on a le point d’entrée, la fenêtre, et le point de sortie, qui est le même. On ira voir en bas pour essayer de savoir comment il est monté. Je suppose que c’était un homme, vu la profondeur des plaies et l’angle descendant des blessures. Étant donné la taille de la victime, je n’exclurai cependant pas une femme, même de taille moyenne, pourvu qu’elle soit passablement musclée. Ça vaut d’ailleurs pour l’homme, il faut une sacrée force pour mettre un coup qui va jusqu’à l’os sur une victime se tenant debout. Surtout que l’arme n’était pas très effilée, comme en témoigne le côté plus déchiqueté que découpé des plaies. Pas de traces de pas visibles, quelques épines de sapin un peu partout, mais ça peut venir de n’importe qui et ne nous apprend pas grand-chose. Je ferai venir les gars du labo pour qu’ils m’aspirent tout ça, il y aura peut-être des fibres. J’aurai besoin d’échantillons de vos manteaux, pantalons, tout ça. L’arme du crime, donc, probablement une machette ou un objet semblable, relativement peu aiguisé. Le problème, c’est que l’angle des plaies ne semble pas cohérent avec cette hypothèse, surtout étant donné la taille de la pièce. »
-« Un hachoir de boucher, un truc comme ça ? » demanda Mantoni.
-« Ça aussi ça m’étonnerait. Je verrai ça mieux sous un microscope. À part ça, on fera un relevé des empreintes digitales, des fluides (ça nous servira déjà à voir si votre SDF est fiché). Et puis je comparerai les blessures à celles de nos cinq autres clients. À ce propos, j’ai quelques résultats intéressants. »
-« Surprends-nous. », l’invita Geoff.
-« Oui. Tout d’abord nous avons très peu avancé sur l’identité des sujets, mais nous avons encore une petite chance de les retrouver grâce aux dossiers dentaires. Pour l’instant on peut juste dire qu’aucun d’entre eux ne se fait soigner les dents à Arkham. Pour l’instant, on tourne un peu en rond de ce côté-là. Mais la vraie mauvaise nouvelle, c’est que les analyses d’ADN sont formelles, les cerveaux retrouvés près des corps n’allaient pas avec les corps en question. Et ça, ça veut dire… »
-« Qu’on n’a pas cinq cadavres sur les bras, mais dix », continuèrent Geoff et Mantoni, de concert.
-« J’en ai bien peur. Bon, allons faire un tour dehors. »

vendredi, juin 09, 2006

Used to it...

We changed. We didn’t mean to. We didn’t want to. But we did. It got complicated, but I guess all things do when they change. But hey, you get used to it. You get used to anything if you’re hungry. It wasn’t that hard, after awhile. Just going to the store, filling your cart. all wrapped in plastic, clean, hygienic. In your fridge, it gleams under the electric light. That kind of pinkish grey. That mother-of-pearl patina. Take it out, fry it, dispose of the package. Then go to bed, fuck, sleep. Maybe toss and turn for awhile, at least I used to at first. But hey, you get used to it. Even the ones working the slaughterhouses got used to it. They get up in the morning, they kiss their wives and kids, and that’s where they go. And when they come back nothing’s changed.

When it all started we would grab them off the street. That wasn’t very smart. I mean, no one was ready, no one understood. It was all so disorganized. We were hungry, maybe scared sometimes. Some of us did OK. One of my friends from work, he used to tell me he went to Thailand. They didn’t care what you did with the product over there, as long as you paid them. Still, you know… It just wasn’t fair for the rest of us who couldn’t afford trips to Asia or Eastern Europe. I mean the poor got a right to eat, too. So we tried different solutions.

In Texas, they thought the Klansmen were acting out all of a sudden. Getting riled up or something. Alright, these guys already are a bit on the crazy side, but they were never that brave. Isolated families, they just disappeared. First time they caught someone though, it was a schoolteacher from Dallas, and he never wore a sheet in his life. Hey, what was he gonna do ? The Klan fellas, they never get caught. He probably thought they’d take the fall. So the DPD locked him up. Eventually, some guys calling themselves the Bloody Dragons of the KKK started writing to him, and actually helped him escape jail. After that, they and him got holed up in some hideout in the country. That was the last anyone heard of the guy, and of the Bloody Dragons. Can’t say I missed them. Other incidents happened.

The hunger made some of us pick the poor, the hunger made a few of us pick the rich. Takes one to catch one, they say… So you caught one of yours, whatever you were. You could go for the people closest to you, they never saw it coming : husband, wife, parents, kids, anything went back then. But you know, there are only so many spouses, parents, kids one can have. And besides, some didn’t like the idea when it was someone they knew : When they’re all gone, it gets lonely. But you get used to lonely too, I guess.

After awhile, we outnumbered them. Whatever it was that changed us, it worked better and better. And we realized we would have to aim for the long run. We couldn’t afford to lose them all. So we put them in camps. We pampered them, fed them, let them breed and get fat. As we watched them in their camps, we started to realize they weren’t that smart. In fact, they were kind of pathetic, actually. They were weak, and not very bright. They were no better than children, really. Pups. Once, they tried to escape, to revolt. So we took some of their privileges away. They weren’t allowed books anymore, or radio, or television. That was pretty dumb of them, revolting like that. And besides, thy had it better than some of us on the outside, having to work for a living. All they had to do was get fat. Some of them just stopped eating sometimes, so we force-fed them with tubes and proteins. They all got fat in the end.

These days, we don’t much think about them. We remember we have the Andersons coming to dinner that night so we go to the store. We buy the blister of premium female cerebellums, but the beasts they come from are nowhere in sight. We unwrap it, we sauté it, we eat it. And we go to bed. maybe we toss and turn for a moment, but not much anymore.

jeudi, juin 08, 2006

Vin Diesel : A Gamer


As some of you may know, I like Vin Diesel. I don't like hime because he was "XXX" or that guy that drives that penis...errr...car in The Fast and The Furious. No, I like Vin Diesel because he is a proud gamer. He came out in Conan O'Brien's show, too, which was respectable. Lately I found a motivational poster for RPG players (at this address). Enjoy !

mercredi, juin 07, 2006

Arkham(10)

Harry Stone était une vraie montagne. Mesurant près de deux mètres, large d’épaules, légèrement bedonnant, il n’aurait pas dépareillé dans un rassemblement de Hell’s Angels. Cette impressionnante carrure lui avait toujours évité les confrontations en tout genre, ce qui l’avait rendu particulièrement calme et posé en toute situation. Alors qu’il sortait doucement de l’évanouissement, il ressentait une confusion qui ne lui était pas coutumière. Non seulement on l’avait agressé physiquement, mais on l’avait maîtrisé en un clin d’œil. Habituellement, on faisait appel à lui pour calmer une situation, pour exercer une influence impressionnante certes, mais bienveillante. Pour éviter, justement, d’en venir aux mains. Et, ici et maintenant, il n’avait pas suffi. Il ouvrit les yeux, lentement, un mal de tête diffus commençant à lui broyer le crâne. Geoff et Mantoni étaient penchés sur lui, l’air inquiet.

-« Me regardez pas comme ça. Je suis pas encore bon pour le cimetière… »

-« Non, mais pour un scanner, sûrement, répondit Geoff, l’air malgré tout soulagé. Essaie de ne pas trop bouger, non seulement tu as peut-être des trucs cassés, mais en plus tu as affaibli le plancher et j’ai peur que tu passes à travers… »

-« Petit malin. »

Mantoni s’assit contre le mur, à quelques centimètres du cadavre de l’animal, auquel elle jeta un regard méprisant, puis demanda :

-« Tu te sens capable de discuter un peu de ce qui s’est passé ? »

-« Au niveau du crâne, ça va… Mais étant donné que je me suis fait assommer dans le même temps que j’ai entendu le bruit, je vais encore être inutile aujourd’hui… »

-« Ouais, ouais, inutile, crétin, bouh, bouh, bouh, que je suis malheureux et inutile et nul… Bon, quand t’auras fini de te lamenter tu pourras essayer de stimuler ton énorme boîte crânienne, s’il te plaît ? »

-« Ouais bon ça va. Il n’empêche que c’est vrai que j’ai rien vu ou presque. »

-« Alors commence par le presque. »

-« C’était un bossu… En tout cas, son manteau remontait bizarrement dans le dos. Et il portait un masque. Avec des mandibules. »

-« Bon, dit Geoff, on est au moins sûrs qu’il y a un lien avec nos mabouls. Reste à savoir pourquoi ils prendraient le risque de nous suivre jusqu’ici et de tuer Stan dans notre dos. »

-« C’était courageux. »

-« Et efficace, remarqua Harry, toujours un peu penaud. »

D’un commun accord, Geoff et Rebecca lui retournèrent un retentissant « Ta gueule ! ». Puis Geoff se leva : l’ambulance et l’équipe de Hong arrivaient.

Matthew Hong était un petit homme d’une quarantaine d’années. Toujours vêtu d’un blazer brun, les coudes recouverts de pièces de cuir (de dinosaure, sans doute, avait toujours supposé Geoff), et ne se déparant jamais d’une de ses nombreuses mallettes à photo, il donnait l’impression de perpétuellement fulminer. Il marchait excessivement vite pour un homme de sa taille mais, devant son air décidé, la plupart des obstacles vivants ou non semblait s’écarter de sa route. « Étrange, pensa Geoff en le regardant arriver, comme on peut se tromper sur les gens… » Lorsqu’il avait rencontré le technicien, il avait tout d’abord été frappé par son ton sec et ses déclarations sans équivoque. Il avait au départ eu beaucoup de mal à l’apprécier mais, à la « demande » de Mantoni (« Tu vas voir Hong et tu te tais. »), il avait été obligé de plusieurs fois travailler avec lui. Lors d’une enquête particulièrement sanglante sur laquelle ils avaient bossé tous les deux, ils avaient fini assez tard et s’étaient permis une bière fraîche sur l’une des quelconques terrasses de la faculté de médecine. C’était là, en devisant de tout et de rien avec Hong, que Geoff s’était aperçu qu’il s’était complètement trompé sur son compte : Il n’était pas, comme il l’avait d’abord pensé, une bête de travail insensible et imbue d’elle-même, mais un professionnel acharné croyant dur comme fer que son métier pouvait aider à rendre le monde un petit peu moins glauque. En se plongeant dans la misère, le sang et les larmes, Hong permettait au reste de la population de vivre sans avoir à y plonger elle aussi. Et ses manières peu orthodoxes étaient une manière de se protéger de la misère dans laquelle il baignait continuellement. Depuis ce jour, Geoff respectait énormément le photographe et, si leurs rapports ne pourraient jamais être qualifiés de cordiaux (le mot cordial même semblait saugrenu quand Hong était concerné), ils s’appréciaient mutuellement et travaillaient de manière extrêmement efficace. Il s’approcha pour lui serrer la main.

mardi, mai 16, 2006

Arkham(9)

Mantoni monta la première, l’arme au poing. Les deux policiers entendirent un cri très court, puis le choc sourd d’une lourde masse heurtant le sol. Ils redoublèrent de vitesse. Les escaliers débouchaient sur un couloir lambrissé. Alors que Geoff se positionnait à un coin, Mantoni jeta un œil : Rien. Silencieusement, elle fit signe à Geoff que la voie était libre. Elle se dirigea vers la chambre d’Harry. Pas un bruit ne filtrait à travers la porte. Elle posa sa main sur la poignée, laissant à son équipier le temps de se positionner, et poussa. Le soleil de l’après-midi ne perçait qu’à peine les frondaisons, mais à l’évidence il n’y avait personne. La fenêtre était intacte. Elle fit rapidement demi-tour et se dirigea vers la salle de bains. La porte était entrouverte, et laissait filtrer la lumière d’un néon. Mantoni la poussa. Harry était allongé sur le sol, son énorme masse occupant quasiment toute la surface de la petite salle de bain. Elle se pencha sur lui. Il respirait encore, mais une vilaine plaie lui barrait le front. Elle sortit son téléphone de sa poche et composa 911. Geoff avait poussé la porte vitrée de la cabine de douche et ce qu’elle vit lui fit presque lâcher son arme. Stan était nu, accroupi contre l’une des parois. La cabine dans son ensemble était éclaboussée de sang. De larges plaies traversaient intégralement le torse et l’abdomen du petit homme, découvrant par endroits ses côtes. Mais ce n’était pas le pire : Dans les plaies se trouvait le plus grand mille-pattes que Mantoni eût jamais vu. La bête mesurait dans les soixante centimètres, son corps était d’un noir rougeâtre, taché qu’il était de sang, et se tortillait sur le torse du petit homme de manière grotesque. Mantoni, surmontant son dégoût, se saisit d’une serviette et s’en servit pour se saisir de l’animal, qui se raidit immédiatement entre ses mains, tentant désespérément d’échapper à son emprise. Les petites pattes semblables à des brindilles cliquetaient entre elles, arrivant parfois même à passer au travers de la serviette, la griffant. Elle se tourna vers Geoff, qui acquiesça et pointa son arme vers l’entrée, et jeta la bête en direction du couloir. Au moment précis où elle atterrit, Geoff fit feu. La serviette fut transpercée, et une giclée de liquide jaunâtre en jaillit. Le mille-pattes cliqueta sur place pendant encore une trentaine de secondes avant de s’arrêter. Mantoni se précipita vers la fenêtre, mais ne vit absolument rien. La forêt était d’un calme olympien. Aucun bruit de moteur, aucune cavalcade désordonnée ne lui parvint. Elle se saisit une nouvelle fois de son téléphone pour appeler du secours. Stan respirait encore, faiblement, mais elle avait déjà vu suffisamment d’agonisants pour savoir qu’il allait y rester. Geoff s’approcha de lui et attrapa sa main. Stan leva à peine une paupière et sembla tenter de lui sourire. Geoff planta son regard dans le sien, un sourire triste sur son visage. Soudain, Stan ouvrit la bouche. « La Mère… dit-il d’une voix rauque, La Mère doit arriver... Ils l’ont inventée mais… Elle va venir ». Puis il fut pris de convulsions, cracha un peu de sang et s’affala. Geoff lâcha sa main, et leva les yeux vers Mantoni. Celle-ci lui posa la main sur l’épaule. Ils se penchèrent sur Harry.